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CfP: Issue #17

Critique et clinique du signe. Deleuze, Guattari et la sémiotique

Guest Edited by Nicolò Fazioni, Federico Montanari, Silvia Zanelli

Closed on September 15, 2025
Issue #17
Critique et clinique du signe. Deleuze, Guattari et la sémiotique
Published on:
December 30, 2025
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Introduction

Au moins à partir des intuitions lucides de Paolo Fabbri (1998, 2015), la rencontre entre la pensée deleuzienne et la sémiotique a été constamment réitérée, parfois cependant sous la forme d’un « citation magique », d’un mot-clé à la mode. Avec ce numéro, nous invitons à repenser cette rencontre, tant au niveau théorique et fondateur qu’en vue d’explorer d’autres potentiels productifs.

Avant sa rencontre avec Guattari, la pensée de Deleuze semble en partie s’approprier la langue du structuralisme français, même si elle avait déjà commencé à la réarticuler de manière critique (pensons au célèbre essai fondamental Qu’est-ce que le structuralisme ? significativement de 1968, qui, bien qu’il parte d’un barycentre linguistique et structurel – Lévi-Strauss, Lacan, Althusser – et, en partie, aussi du côté sémiotique, commence déjà à tracer un parcours autonome). Au-delà de la référence explicite dans Proust et les signes, ce sont Différence et répétition et, de manière plus ambivalente, Logique du sens qui créent une sorte de parcours qui articule et unit, à côté de la dimension de la pensée logique et des paradoxes, et bien que toujours de manière hétéroclite, « Saussure – Jakobson – Benveniste – Guillaume – Culioli ».

L’exploration de cette confrontation, destinée à devenir un véritable corps à corps après la rencontre avec Guattari (et l’ajout des références à Hjelmslev), constitue certainement un domaine encore partiellement à analyser et à reconstruire en profondeur : de la théorie des signes chez Proust et Spinoza, où apparaissent déjà des éléments extrêmement originaux (la critique de l’arbitraire du signe…), jusqu’à la critique de la linguistique structurale dans Mille Plateaux (de la critique de l’idée de générativité ou de double articulation, à la reprise bien connue d’une vision non orthodoxe de Hjelmslev, et de la théorie des strates.

Les textes des années 1960 ne constituent pas une acceptation unilatérale de la théorie des signes de type structurel, qu’ils compliquent au contraire de l’intérieur. L’analyse deleuzienne des signes implique, en outre, une série de questions qui dépassent les limites de la sémiotique en tant que discipline académique : la vision de l’inconscient structuré comme langage, avec ses mécanismes métaphoriques et métonymiques, la dimension symptomatique du corps et celle de l’écriture. La sémiotique ne coïncide donc ni avec un savoir institutionnel ni avec un champ clos ; elle concerne plutôt (pour en arriver aux essais sur le cinéma du début des années 1980) le parcours de la production de sens tout court.

De même, nous pensons que la critique de Deleuze-Guattari à l’égard de la linguistique structurale n’a pas anéanti le projet d’une « théorie des signes ». Cette critique ne pourrait-elle pas plutôt nous offrir une autre ligne de possibilités pour la sémiotique ? Une nouvelle généalogie de la sémiotique, au-delà du lien originel fusionnel avec la linguistique et, plus encore, avec sa racine philosophico-anthropologique si impliquée dans l’équivalence entre langage et dimension verbale ? En effet, la sémiotique elle-même semble avoir dépassé cette conception, surtout dans les recherches de Greimas et post-greimasiennes, et peut-être en partie grâce à la reprise de la pensée deleuzienne elle-même.

Une autre piste de recherche intéressante, à explorer dans sa complexité et son aporétique, est la relation de Deleuze avec l’un des pères de la sémiotique, Peirce. Deleuze cite Peirce principalement dans ses ouvrages sur le cinéma, mais il le fait uniquement à travers les études anthologiques de Gérard Deledalle. Sa lecture de Peirce est donc sommaire et n’implique pas une machination herméneutique tout à fait productive, générant un malentendu, plutôt qu’un équivoque, dans le sens heuristique du terme. L’appel invite donc à proposer des contributions qui puissent habiter cet équivoque, réactivant l’arsenal sémiotique de Peirce en référence à Deleuze.

Face à ces questions, il convient de noter que la confrontation de Deleuze (et de Deleuze-Guattari) avec la sémiotique, comme avec toute autre discipline, ne se fait pas sous la forme classique de l’histoire des idées et de la philologie historiographique, mais au niveau de la tenue épistémologique – de la tension même – de certains des concepts (ou des « plans ») principaux de sa construction philosophique. C’est-à-dire que chez Deleuze-Guattari, la sémiotique joue un rôle peut-être plus décisif lorsqu’elle n’apparaît pas comme une référence explicite, mais comme un vecteur, un point fort au sein d’une nouvelle opération conceptuelle. Il s’agit peut-être précisément de cette « théorie des signes et de l’événement » sur laquelle Fabbri 1998 se concentrait : entre les stoïciens et Alice, Spinoza et Nietzsche ou, dans l’inconscient machinique et dans l’analyse du corps, des appareils, du devenir, du symptôme… d’une vie.

Il y a donc une sémiotique explicite dans les œuvres de Deleuze, mais il y a aussi une sémiotique implicite qui n’émerge pas des citations de l’école mais à travers des modalités de formation de la pensée, du langage et de l’écriture. Et, peut-être, cette dernière est-elle indissociablement liée à l’anti-sémiotique que nous semblons pouvoir lire dans les travaux des années 70-80. Ici, le préfixe « anti- » ne se condense pas sous la forme d’un rejet frontal ni ne se résout en une synthèse dialectique, mais vaut comme antidote contre toute cristallisation de la sémiose : au lieu d’une machine formelle (la linguistique structurale) comme représentation du sens, nous devons penser à une dynamique qui lie inséparablement, mais sans en supprimer les différences, le sens et le non-sens. Celle de Deleuze et Guattari se présente donc comme une sémiotique des intensités qui traverse simultanément le sens et le non-sens.

La réflexion sémiotique de Deleuze et Guattari, et grâce à Guattari, est aussi et surtout une critique de l’idée traditionnelle de signe (du « signe de quelque chose d’autre »). Depuis les travaux de Deleuze sur Spinoza (pensons à l’idée spinozienne d’« équivoque » de la connaissance à travers les signes ; ou, disait-on, à la lecture radicale ultérieure d’un Hjelmslev spinoziste, dans Mille piani, à travers la mise en évidence de la dimension expressionniste) ; et aussi là où Deleuze reprendra Peirce, dans son intérêt, dit Deleuze, pour une classification des signes, semblable à une sorte de « tableau périodique des éléments ».

Nous émettons l’hypothèse que le vecteur porteur de ce parcours pourrait se retrouver dans le concept deleuzien de symptôme, et dans l’étymologie ancienne de la sémiotique comme sémiotique, enchaînement de signes et de corps. Le symptôme est une forme de signe « non objective », non universelle, mais toujours et seulement collective et « singulière », non réductible à une quelconque prise de conscience ni à une quelconque représentation clinique. Lire la gestuelle théorique deleuzienne comme une opération symptomatologique signifie nécessairement faire appel à la sémiotique.

Le signe en tant que symptôme remet en jeu la dimension même du langage, de la communication, mais aussi celle de l’inconscient, du corps et des pratiques qui le contrôlent et le gèrent, du style (critique) et de la maladie (clinique), de l’être humain (signe linguistique) et de l’animal, du biologique et de la vie (symptôme a-subjectif). Cependant, pour Deleuze (et, encore une fois, pour Guattari), la dimension symptomatique ne fait pas référence, depuis les travaux sur Proust, à la recherche d’une vérité établie ou à établir, ou d’une guérison, pensons à la critique radicale de la psychanalyse. Au contraire, si l’on repense également au recueil d’essais Critique et clinique, il se présente comme un travail de transformation et de passage, de construction et d’ouverture vers de nouveaux mondes et de nouvelles perspectives (c’est encore le cas de Proust et des signes, mais aussi de l’intérêt pour la zoosémiotique de von Uexküll, et donc en direction d’une biosémiotique et d’une sémiotique écologique actuelles).

Autour de l’entrelacement symptôme/signe, nous voulons lancer un défi interdisciplinaire qui ne s’adresse pas seulement aux sémioticiens et aux philosophes. Nous imaginons le numéro divisé en une partie de reconstruction théorique de la confrontation Deleuze-Guattari et de la sémiotique, et une section liée à la production conceptuelle qui évalue la capacité des opérateurs conceptuels décrits précédemment à comprendre des situations actuelles fortement sémiotiques telles que l’IA, le monde numérique et médiatique, les formes discursives d’aujourd’hui, les liens entre les signes et les corps, l’humanité et l’animalité.

Axes de travail

Nous proposons ci-dessous une liste non exhaustive d’axes thématiques gravitant autour du thème « symptôme » :

Le signe, la critique de l’idée de signe et le symptôme, la sémiotique et la séméiotique :

  • Le symptôme comme singularité. Langue, style et écriture
  • Au-delà de la linguistique : littératures mineures et nouveaux langages.
  • Le symptôme psychanalytique/psychiatrique : la critique de l’inconscient en tant que langage et l’inconscient machinique, le roman familial et la schizoanalyse.

Signes, symptômes et corps:

  • La sémiotique d’Alice et la sémiotique antique : de nouvelles origines pour la sémiotique ?
  • La relation entre les signes et les corps, également en relation avec d’autres théories post-structuralistes ou post-humanistes.
  • Le symptôme, la pathologie et le pathos : dialogue avec Spinoza, Nietzsche, Barthes et Blanchot.

Signes humains, animaux, « vitaux »:

  • Dialogues possibles entre la zoosémiotique, la biosémiotique et la pensée de Deleuze-Guattari.

Signes, chaînes significatives et enchaînements:

  • Sémiotique, linguistique et structuralisme: de Proust et les signes à Mille plateaux.
  • Le rôle de Guattari dans la relation entre Deleuze et la sémiotique
  • Théorie de l’énonciation et théorie de la subjectivité ou de la conscience

Signes et symptômes à travers l’écran du cinéma

Références

Bibliographie Indicative

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